Versailles et ses environs sont-ils devenus zone interdite pour les défenseurs des droits des Palestiniens ?
Après de nombreux démêlés avec la mairie, après le refus d’une salle par l’évêché en 2018, l’AFPS 78 a de nouveau vu une porte se refermer à son approche, et sans doute plus violemment encore que d’habitude. L’interdiction sèche par la paroisse du Chesnay, sans autre forme de procès, d’une salle pourtant réservée depuis des mois ne laisse pas de sidérer et soulève de nombreuses questions sur les rapports de forces, les lobbyings et les pressions tous azimuts qui s’exercent dans la région dès que le mot « Palestine » est prononcé.

Que s’est-il passé exactement ? Ce vendredi 14 octobre, l’AFPS organisait une rencontre publique avec Amnesty International et d’autres associations – la Ligue des droits de l’Homme (LDH), le Mouvement pour une Alternative non-violente (MAN), l’Union juive française pour la paix (UJFP), le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD-Terre solidaire) et le MRAP, Mouvement contre le racisme et l’amitié entre les peuples. Intitulée L’apartheid contre le peuple palestinien, en référence au rapport d’Amnesty international de février 2022, la soirée devait notamment accueillir les conférences de Jean-Claude Samouiller, président d’Amnesty International France et de Jean-Guy Greilsamer, responsable national de l’UJFP. Sachant par expérience qu’en raison du thème, aucun espace municipal à Versailles ne lui serait accordé, l’AFPS s’était tournée vers le Centre paroissial Jean XXIII au Chesnay, en raison des liens d’une de nos cadres avec cette partie du diocèse.

Vendredi 14 octobre, militants, sympathisants et public se sont retrouvés devant le portail clos du Centre Jean XXIII pour apporter leur soutien aux organisateurs.

Le 24 juillet dernier, un échange de mails entre le secrétariat de la paroisse et l’AFPS finalisait la réservation de la salle pour une soirée très précisément décrite dans un de nos messages. Les semaines suivantes, les organisateurs peaufinaient leur communication (réseaux sociaux, sympathisants, adhérents tracts et affiches). La presse locale était prévenue, Les Nouvelles de Versailles publiaient un écho, le Parisien prévoyait un article. Mercredi 12 octobre au soir, l’AFPS et Amnesty effectuaient une visite technique du Centre Jean XXIII, menée par sa sympathique gardienne. Pourtant, jeudi soir, veille de la rencontre, notre groupe local et ses amis apprenaient par un communiqué publié sur le site de la paroisse, que la salle lui était en fait interdite. Pourquoi dans ce court texte où il ne prend pas la peine de nous citer (« au vu du thème et des organisateurs », peut-on lire, comme si l’interdiction allait de soi), le père Grégoire de Maintenant, responsable de la salle, n’hésite pas à dire qu’il n’était pas au courant, évoquant « un défaut de communication » ? L’organigramme de la paroisse du Chesnay est-il si complexe que les informations entre le secrétariat et son dirigeant peinent à circuler ?

Cette volte-face n’est pourtant pas tout à fait une surprise : monsieur de Maintenant et le père Emmanuel Gougaud, chargé au diocèse des bonnes relations avec le judaïsme, avaient entretemps multiplié les pressions (mails plus appels téléphoniques) sur la personne l’AFPS 78 en lien avec la paroisse. Leur volonté : l’inciter à accepter l’annulation en son nom propre. Pourquoi monsieur de Maintenant, par ailleurs si prompt à se servir de son portable, a-t-il par la suite refusé de répondre à nos appels et n’a jamais rappelé malgré nos messages sur son répondeur ?

Cette volatilité serait en fait le fruit de deux courants d’influence. Celui d’abord de l’évêque de Versailles, Monseigneur de Crépy, qui aurait, selon des sources proches, poussé à l’annulation après avoir été prévenu par des notables issus de la communauté juive. Les deux prêtres auraient été aussi très sensibles à deux textes pourtant outranciers parus sur les sites communautaires d’extrême droite, tribunejuive.info et mabatim.info, regards juifs sur Versailles, appelant bien entendu à éradiquer notre soirée. Entre autres propos témoignant d’un certain raffinement et d’une hauteur de pensée indéniable, on peut y voir notre soirée qualifiée (par avance, donc) de « grand raoût » et de « bal des faux-culs et authentiques antisémites », de « logorrhée antisémite », « d’entreprise de propagande antisémite déguisée en conférence » « offense à la souffrance réelle comme à la vérité », faisant le lit du « terrorisme islamiste qui tue partout dans le monde ». Des écrits appelant à la responsabilité (culpabilité ?) de l’archevêché de Paris, ou trouvant dans le projet de notre conférence salle Jean XXIII la preuve de l’antisémitisme du Pape François, cet « islamo-collabo ». Diantre, tout ça par notre faute ? L’une de ces belles pages de littérature engagée est signée par une des vieilles connaissances de l’AFPS, « ancienne magistrate » comme elle se présente, toujours aussi motivée par l’amalgame à gros traits et la noire invective. Cette dame, venue en 2017 nous surveiller, appareil photo en main, sur notre stand du Forum des associations, avait déjà commis à notre encontre quelques lignes trempées dans le fiel sur le site Hakeshet (devenu mabatim.info), ne s’embarrassant ni de pondération ni d’esprit d’ouverture. Deux questions, madame, si vous le permettez : quelle notion du droit défendez-vous exactement, vous qui jugez et condamnez sans rien voir ni savoir, avec une rage à notre encontre qui ne semble jamais ne faiblir ? Connaissez-vous encore le sens du mot « diffamation » ? 

L’AFPS Versailles 78, Amnesty International et les autres organisations soutenant la soirée dénoncent la censure qui s’est exprimée au Chesnay et ne cachent pas leur surprise que des paroles extrêmes aient pu jouer un rôle décisif dans une annulation intervenue au mépris de tout respect. La tenue prochaine à Versailles ou ses environs, et à une date restant à déterminer, de la soirée L’apartheid contre le peuple palestinien montrera que la liberté d’expression ne souffre aucun compromis, et à fortiori lorsque la défense des droits humains est en jeu.

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